La rentrée littéraire n’a pas le monopole des grandes sorties : les sorties BD de septembre 2026 réservent elles aussi leur lot de retrouvailles attendues et de découvertes à ne pas laisser filer. Traditionnellement, septembre marque le vrai coup d’envoi de l’année éditoriale en bande dessinée, avec des maisons comme Dargaud ou Le Lombard qui concentrent une partie de leurs plus gros titres autour d’une même date. Entre le retour d’autrices et d’auteurs installés, la poursuite de sagas cultes venues du Japon et des États-Unis, et une collaboration franco-japonaise hors norme, le mois s’annonce particulièrement dense pour les lecteurs de tous horizons.
Pas de panique si le porte-monnaie s’inquiète déjà : cette sélection ne prétend pas à l’exhaustivité, mais rassemble les albums qui font le plus parler d’eux ce mois-ci, du rayon jeunesse au roman graphique exigeant, en passant par le comics de super-héros et le manga phénomène. Chaque famille a ses propres attentes, ses propres codes, et son propre public, mais toutes se retrouvent sur les mêmes tables de nouveautés en septembre. De quoi composer une pile à lire équilibrée, et repartir de sa librairie avec quelques certitudes plutôt qu’avec une liste interminable et anxiogène.
L’événement du mois
Impossible de ne pas ouvrir ce panorama sur Nanbanjin, signé conjointement par Cyril Pedrosa et Taiyô Matsumoto, publié le 4 septembre 2026 chez Dupuis, dans la collection Aire Libre. Le principe est aussi simple que rare dans l’édition franco-belge : les deux auteurs racontent, chacun à sa manière, les semaines qui précèdent l’arrivée au Japon, en 1542, de Fernando, un guerrier portugais échoué sur les côtes nippones. Le récit de Pedrosa se lit dans le sens de lecture occidental, celui de Matsumoto dans le sens japonais, et les deux versions se rejoignent au centre d’un volume de près de 500 pages à la double couverture.

Au-delà de la prouesse éditoriale, c’est la rencontre qui fascine : d’un côté, un auteur français reconnu pour des œuvres comme Portugal ou Ceux qui me touchent, habitué des récits choraux et des grandes fresques historiques ; de l’autre, une figure majeure et discrète du manga d’auteur, dont le style graphique brut et instinctif tranche radicalement avec le trait plus classique de son complice. Le titre lui-même, Nanbanjin, désigne dans le Japon du XVIe siècle les « barbares du sud », terme employé pour qualifier les premiers marchands et missionnaires européens arrivés par bateau.
Ce choc des cultures, déjà présent dans le sujet de l’album, se retrouve donc jusque dans sa fabrication : deux regards, deux traditions graphiques, un seul livre. Un pari éditorial rare, que Dupuis assume pleinement en misant sur un format généreux et un objet-livre soigné. Une BD événement au sens propre, qui mérite qu’on lui consacre du temps, quitte à la lire dans les deux sens avant de refermer le volume.
Côté franco-belge : les sorties BD de septembre 2026 à suivre
Le 18 septembre 2026 concentre à lui seul une bonne partie des sorties marquantes chez Dargaud, qui profite de cette date pour aligner plusieurs de ses titres les plus attendus de la saison. En tête de gondole, Montefiore, de Pierre-Henry Gomont (scénario et dessin), consacré à l’enfance et à sa force fondatrice : deux frères passionnés de chevaux, Andrea et Angelo, redécouvrent le monde d’où venait leur père, peuplé d’une tante haute en couleur, d’un dresseur bourru et d’un cheval sauvage insaisissable nommé Hermès. Après des albums remarqués comme Malaterre ou Slava, récompensés par la critique, Gomont confirme sa place parmi les conteurs les plus sensibles de sa génération avec ce récit complet de 192 pages, porté par son sens habituel du mouvement et de la couleur.

Même jour de parution pour Le clan de Walden, de Catherine Meurisse, toujours chez Dargaud. L’autrice de La Légèreté s’empare de la figure du penseur américain Henry David Thoreau : en 1845, celui-ci s’installe dans une cabane au bord de l’étang de Walden pour tenter une vie simple et autosuffisante, loin de l’agitation de la ville. Quand le lieu se retrouve menacé par la construction d’un barrage, Thoreau et ses amis, humains et animaux, s’organisent pour résister et former ce que l’album appelle le Clan. Un sujet écologique et politique traité avec la légèreté, l’humour et le trait vif qui ont fait la réputation de l’autrice, entre satire sociale et tendresse pour ses personnages.
Toujours le 18 septembre, les inconditionnels de la ligne claire retrouveront Les Aventures de Blake et Mortimer avec une réédition événement du diptyque Le Mystère de la Grande Pyramide d’Edgar P. Jacobs, proposée dans sa version originale parue dans le Journal de Tintin. Cette parution s’inscrit dans les célébrations des 80 ans de la série, créée en 1946, et vient rappeler à quel point cette aventure égyptienne, l’une des toutes premières de Blake et Mortimer, a posé les bases du genre de l’aventure scientifique et ésotérique en bande dessinée. L’occasion pour les nouveaux lecteurs de redécouvrir dans son jus l’un des piliers fondateurs du neuvième art belge, aux côtés des irréductibles qui connaissent l’histoire par cœur.
Du côté des comics
Chez Urban Comics, la série événement de l’univers Absolute poursuit sa course avec Absolute Batman tome 3, le 25 septembre 2026. Scénarisée par Scott Snyder et dessinée par Nick Dragotta, cette relecture du Chevalier Noir imagine un Bruce Wayne sans manoir ni majordome, fils d’un enseignant confronté très jeune à la violence armée dans une Gotham où l’argent et le pouvoir se concentrent ailleurs que dans les mains de la famille Wayne. Portée par le trait anguleux et très rythmé de Dragotta, la série a été saluée comme l’une des relectures super-héroïques les plus stimulantes de ces dernières années, et continue de creuser son sillon avec ce nouveau tome qui compile les épisodes récents de la série américaine.

Du côté de Panini Comics, Moon Knight : Le Poing de Khonsou tome 3 paraît dès le 2 septembre 2026. Jed MacKay continue d’écrire les aventures du justicier lunaire, mis en images par Domenico Carbone, dans un récit où Marc Spector doit défendre son repaire, la Maison des Ombres, contre une horde de fantômes venue le hanter au moment où il tente de célébrer son anniversaire. Fidèle à la mythologie égyptienne qui a toujours nourri le personnage et ses multiples facettes psychologiques, cette run a su renouveler Moon Knight ces dernières années et continue de fidéliser un lectorat exigeant, loin des standards habituels du comics de super-héros.

Rayon manga
Impossible d’ignorer le retour du monument One Piece, dont le tome 113, sous-titré La naissance de Loki, paraît le 23 septembre 2026 chez Glénat Manga. Près de trois décennies après ses débuts au Japon, la série d’Eiichiro Oda reste un rendez-vous incontournable pour des générations entières de lecteurs, qui suivent toujours avec la même ferveur les aventures de Luffy et de son équipage à la recherche du trésor légendaire. Cette nouvelle parution s’accompagne d’une édition collector particulièrement soignée, preuve que la mécanique de fidélisation autour du titre continue de fonctionner à plein régime en France.
Autre pilier du catalogue français, Détective Conan tome 107, de Gōshō Aoyama, sort le 4 septembre 2026 chez Kana. Le jeune détective miniaturisé n’a rien perdu de son mordant après plus d’un quart de siècle de publication et d’innombrables enquêtes, et continue d’attirer aussi bien les lecteurs historiques que de nouveaux venus curieux de comprendre pourquoi la série reste, tome après tome, l’un des piliers du manga policier en France.
Pour un manga au ton plus doux, A Sign of Affection tome 14, de Suu Morishita, est attendu le 10 septembre 2026 chez Akata, disponible en édition standard comme en édition collector. Cette romance sensible construite autour d’une jeune femme sourde et de ses relations avec un camarade polyglotte continue de conquérir un public au-delà du cercle habituel des lecteurs de josei, portée par une écriture attentive aux questions de communication et de handicap plutôt que par les ressorts classiques du genre.
Indé et romans graphiques
Si Nanbanjin, présenté plus haut, relève autant de l’esprit indépendant que du roman graphique par son ambition formelle et son refus des formats standards, le mois de septembre met aussi en lumière Beau comme tu changes, de Joseph Kai, publié début septembre 2026 chez Casterman dans la collection Écritures. Cinq ans après L’Intranquille, remarqué pour sa délicatesse graphique et sa manière d’aborder l’intime, l’auteur d’origine libanaise poursuit une œuvre construite autour des non-dits, de la marginalité et de la sexualité, avec un trait tout en retenue et une palette de couleurs douces qui ont fait sa réputation auprès de la critique. Une sortie de rentrée à suivre de près pour qui aime le roman graphique intimiste, confirmée par un lancement en librairie dès les premiers jours du mois.

Ces deux albums, si différents dans leur forme, partagent une même exigence : celle de traiter la bande dessinée comme un espace où la narration elle-même peut être réinventée, loin des formats et des rythmes de publication habituels. Un rappel utile que septembre n’est pas seulement le mois des grosses sorties commerciales, mais aussi celui où se jouent certaines des propositions les plus singulières de l’année.
À surveiller aussi
Quelques autres parutions du mois méritent un coup d’œil en librairie, pour compléter cette sélection sans prétendre à l’exhaustivité. Elles n’ont pas toutes la même ampleur éditoriale que les titres présentés plus haut, mais chacune trouvera son public parmi les habitués de leurs séries respectives :
- Tramp tome 15, de Kraehn et Roberto Zaghi (Dargaud, 18 septembre 2026), qui poursuit cette série d’aventure maritime au long cours portée par un antihéros insaisissable.
- Une aventure classic de Tanguy et Laverdure tome 8, de Patrice Buendia et Matthieu Durand (Dargaud, 18 septembre 2026), pour les amateurs d’aviation et de patrimoine franco-belge fidèles à ces figures emblématiques créées par Charlier et Uderzo.
- Les Terres d’Arran – Guerres d’Arran tome 8 : Cendres et Couronnes (Le Lombard, 24 septembre 2026), nouvel épisode de cette saga de fantasy déjà bien installée dans le paysage franco-belge.
- Ma Belle Poupée est un Super Darling tome 1, d’Asaki Asagiri (Kurokawa, 3 septembre 2026), une nouvelle série pour qui cherche une romance manga à démarrer sans attendre la sortie d’un nouveau tome de série déjà bien avancée.
À vos libraires
Entre la prouesse formelle de Nanbanjin, les retrouvailles avec des autrices et auteurs franco-belges installés, la vitalité des comics de super-héros et la constance des grandes sagas manga, ce mois de septembre 2026 confirme, s’il en était besoin, la vitalité d’un médium qui continue de se réinventer dans tous les genres. Cette sélection ne couvre évidemment qu’une partie de ce qui atterrit sur les tables de nouveautés : chaque semaine, des dizaines d’albums supplémentaires paraissent chez des éditeurs plus confidentiels, dans des genres qui n’ont pas toujours la visibilité des séries les plus installées.
Bonnes lectures, et bonnes découvertes en ce mois de septembre 2026.
